Réseau AMAZIGH

Rapport alternatif sur la discrimination culturelle et linguistique au Maroc.

mercredi 12 janvier 2005 par reseauamazigh

Depuis que les peuples ont pris conscience de la nécessaire égalité des chances entre les composantes diverses d’une même société, l’acquis le plus important était la reconnaissance de la suprématie des grandes valeurs universelles des droits humains.

La prééminence des relations amicales, la coopération entre les nations, la paix, la sécurité internationale et la prospérité de tous est contrariée par la violation des droits fondamentaux de l’être humain, la ségrégation organisée ou guidée par des idéologies expansionnistes, la haine, l’hostilité à l’égard des autres sous différentes formes, les préjugés de supériorité raciale, linguistique, religieux, sont de nature à compromettre le respect de ces droits et de la vie humaine.

Si la déclaration universelle des droits de l’homme, les pactes, les chartes, les déclarations et les différentes conventions internationales relatives aux droits humains mettent l’accent sur les principes de la dignité et de l’égalité de tous les êtres humains et proclament que ces derniers naissent libres et égaux, bon nombre de pays ne respectent pas le droit inaliénable d’une partie de la population à vivre dans la plénitude de ces droits culturels, linguistiques et identitaires.

Le peuple Amazigh marocain, qui constitue le nœud social et culturel du Maroc, a été jusqu’à présent victime de politiques anti-démocratiques menées par un Etat Nation fondé autours du dogme de l’Arabo-islamisme : la Constitution marocaine stipule injustement dans son préambule que "le royaume du Maroc, Etat musulman souverain dont la langue officielle est l’Arabe, constitue une partie du Grand Maghreb Arabe", officialisant par conséquent la marginalisation de notre culture.

La revendication de l’aspect pluriel de notre patrimoine civilisationnel a toujours été confronté à une approche demeuré raciste rejetant, au second degré, tout ce qui est Amazigh.

La culture Amazigh étant l’ensemble des aspects spirituels, matériels, intellectuels et sentimentaux caractérisant notre peuple, intègre également les arts, les littératures, les modes de vie, les droits fondamentaux, les valeurs, les traditions et les croyances. Cette entité sine qua none pour notre existence se trouve chaque jour, et à chaque occasion, victime d’aspects ségrégationnistes et réducteurs.

Ainsi, et durant ces quarante dernières années, le référentiel idéologique de l’Etat ne dessinait comme horizon qu’une langue unique, une religion unique, une culture unique et par définition une Identité unique. Ce qui met en situation de conflit et de déséquilibre les aspects objectivement pluriels de notre identité nationale. De ce fait, les implications directes de ce déséquilibre apparaissent directement sur le plan de la définition juridique et politique de la vie publique.

La constitution, ainsi que les autres textes du droit, ignore totalement la valeur historique et symbolique de notre langue et Culture Amazigh plusieurs fois millénaires. Ce qui explique l’absence du volet Amazigh dans toutes les institutions publiques telles que l’école primaire, l’université, les tribunaux, les chaînes de télévisions publiques, l’administration territoriale, etc.

De cause à effet, l’accentuation de l’arabisation a généré un phénomène sans précédent d’assimilation ce qui aggrave lourdement la viabilité de l’écosystème culturel et linguistique qui a prévalu au Maroc depuis des millénaires. la domination de l’espace public par l’Arabe, langue officielle, crée des situations préjudiciables pour la majorité des Imazighnes, ce qui contribue à l’amplification de ce sentiment d’infériorité vis à vis de la langue de l’institution.

Le fait que Tamazight soit mise en dehors du Droit, cloisonnée dans l’Espace privée, et présentée, à tors, comme instrument qui bloquerait le développement de notre pays, nous mène à la conclusion que nous sommes face à une pure ségrégation culturelle.

Pire encore, l’esprit assimilationniste des décideurs publics, a imposé, au moyen de la loi, que les enfants imazighns soit nommés conformément à "l’authenticité arabo-musulmane". Suite à cet unique fait, un enfant Amazigh n’a pas le droit de porter un Nom Amazigh /Africain que par décision d’un juge, ce qui est contre tous les principes des droits humains tels qu’ils sont universellement reconnus. les exemples abondent et se multiplient sur l’ensemble du territoire marocain : le prénom Noumidia a fait l’objet d’interdiction cette année a Khemis Dadés à Ourzazate au sud et à El Hoceima au nord du pays.

Ces enfants imazighns, une fois à l’école, se trouvent encore une fois en déphasage complet par rapport aux connaissances acquises directement de leur milieu culturel. Par conséquent, ils ne se reconnaissent plus dans un système éducatif qui désoriente toutes leurs connaissances acquises au bout des sept premières années d’apprentissage ayant comme support de communication leur langue maternelle.

Le constat fut encore aggravé à l’occasion de n’importe quelle "réforme". Le statut de la langue Tamazight est de plus en plus détérioré par rapport à la langue arabe dite sacrée et officielle. La dernière loi adoptée par le parlement marocain portant charte de réforme de l’enseignement a clairement soutenu le fait de lancer un (enseignement de Tamazight) mais pour mieux comprendre les acquis de la civilisation arabe, ce qui perpétue par conséquent la situation de langue supérieure et langue inférieure.

Cet état de fait bafoue tous les droits du peuple marocain qui aspire à voir sa langue maternelle à l’école bénéficie du même statut que la langue arabe sans discrimination aucune. Pire encore, le type d’enseignement arabophone adopté limite à un niveau inférieur l’éducation dans les régions purement Amazigh, sauf dans le grandes villes. Celles ci sont dotées de moyens humains et matériels relativement suffisant (enseignants plus qualifiés, nombre d’élèves par classe plus réduit, utilisation de moyens informatique dans certains établissements, etc.), par contre les régions soumises volontairement à discrimination souffrent d’une pénurie ne laissant à l’observateur aucune chance de nommer une telle opération Enseignement ou Education. Il suffit de rappeler que dans bon nombre de cas l’instituteur se trouve face a trois niveaux ,en même temps et dans une même classe généralement dépourvue de simple moyens (électricité, eau potable, toilettes, tables suffisantes, et parfois absence d’instituteur). La volonté de ceux qui maintiennent le pouvoir économique et politique vise, sans aucune honte par ce genre de discrimination, la reproduction et l’héritage de la connaissance et du pouvoir. La formation du parlement et du gouvernement actuels en témoigne comme dans certains cas bien connus, les membres de la famille sont intégrés dans des postes d’ordre politique : le père, la mère ou la fille membres du parlement, le fils ministre ou vis versa.

Cette inégalité des chances et de traitement est clairement en contradiction à la convention concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l’enseignement adoptée par la conférence de l’ONU en date du 14 décembre 1960.

Les réalisations de l’Etat dans les divers domaines de la vie publique sont très avancées sur le plan du discours, les projets, sur papiers et sous forme de décoration et de maquillage destines à la consommation étrangère ne fait pas défaut :

- L’IRCAM (Institut Royal pour la Culture Amazigh) ne fait pas exception à la règle : le caractère consultatif et le dahir non démocratique l’organisant en font un organe d’Etat pour la récupération du Mouvement Culturel Amazigh et pour geler les activités d’une partie de ses militants et ses élites. Les résultats escomptés d’un bon nombre d’organes, crées par l’Etat, dont on cite le Conseil Consultatif des Droits de l’Homme, témoigne de cette pratique vide de contenu.

- Le programme national d’éducation dans le domaine des droits de l’homme réalisé par l’Etat en collaboration avec le Haut Commissariat des Nations Unis aux droits de l’homme est loin du champ d’application. Sa généralisation et son suivi pour l’évaluation font partie des propos contraire à la vérité et des mensonges habituels des pouvoirs publics. Dans ce sens et de manière générale les programmes scolaires de l’enseignement fondamentale et secondaire, basés sur le paradoxe de l’idéologie arabo-islamiste, ne s’accordent pas avec les dispositions et le contenu des différentes conventions internationale en matière des droits de l’homme.

La discordance entre la pratique et le discours est générale à tous les droits : les droits économiques et sociaux sont bafoués, l’expropriation des terres, des forets et des eaux continue au profits de familles aisée (le plateau d’Adarouch dans la région Khénifra , les arbres de l’arganier au sud, les terres fertiles, la foret et les eaux à Oulmés, etc). Mais le domaine qui souffre le plus de cette politique, fut notre culture et celle aussi de toute l’humanité Tamazight dont la langue en constitue le noyau.

Cette situation est carrément encouragée par le silence de la majorité des composantes de la société civile marocaine face au grand étonnement des associations culturelles Amazighe. S’ajoute à cela le silence dont est entouré la question des populations amazigh.

Partant de cette situation de ségrégation culturelle que vit les Imazighns (Homme Libres), les principales revendications de notre ONG visent l’instauration d’une démocratie pluridimensionnelle où cohabiteraient, en paix, toutes les composantes historiques de notre identité. Chose qui, à notre sens, ne se réaliserait que par :

La reconnaissance officielle de Tamzight (identité, langue et droits) dans la constitution marocaine.

L’octroi de moyens didactiques et matériels à fin que la dimension Amazighe puisse atteindre et influencer touts les niveaux de la vie quotidienne des citoyens marocains.

La concrétisation de l’Institut des Etudes Amazighes.

L’enseignement de la langue Tamazighte dans les écoles publiques.

La levée de la discrimination dont souffre Tamazighte à la Radio et la Télévision Marocaine par la reconnaissance du droit des Imazighnes à bénéficier de ce service public en leur langue maternelle.

Le respect du droit des groupes et des individus à s’organiser dans des structures légales pour défendre leur identité, ainsi que la cessation des excès de pouvoir par le respect des libertés publiques.

24/12/2002


Forum