Réseau AMAZIGH

Planification linguistique

mardi 22 février 2005 par reseauamazigh

Par normalisation, on entend une entreprise de standardisation qui consiste à adopter une manière de transcrire, parmi les multiples possibilités qu’offre la graphie choisie pour son abondance en graphèmes (voyelles et consonnes) son universalité et sa flexibilité usuelle afin d’en réglementer et d’en prévoir l’usage. C’est là un moyen de remédier à l’anarchie dialectale et de parer au démembrement de la langue qui compromet le développement ordonné de cette langue en vue de son enseignement à l’échelon national, voir son accession au rang des langues intermédiaires.

Le succès des mesures de planification des langues dites vivantes ou internationales montrent que toute langue enseignable est sujette à des mesures de fixation, de standardisation et d’uniformisation bien avant son introduction dans le système éducatif et que ces mesures sont moins difficiles à réaliser si l’on conçoit le passage de l’oral à l’écrit comme une étape nécessaire à la fixation et à la stabilisation d’une langue.

Il s’agit, pour le cas de la langue tamazight, de procéder à un inventaire complet de ces variantes, en vue d’étudierles différences phonologiques et lexicales, dues en grande partie à l’altération subie par le contact et l’influence d’autres langues dominantes (arabe et français). Mais, la structure grammaticale et syntaxique du tamazight assure encore son homogénéité au niveau de l’oralité et de la tradition académique fondée sur la méthodologie qui tend à adapter des règles grammaticales et orthographiques à la langue parlée, dont le génie populaire à subtilisé son aménagement au niveau de l’oralité.

L’expérience de la planification linguistique dans les pays où les langues nationales sont hissées au niveau international, voir planétaire, montre que le gros des efforts a porté essentiellement sur la résolution du problème de transcription, de fixation par le truchement d’un orthographe faisant fois, parfois inesthétique, sommaire, et abusive mais nécessaire car copulatives aux lexiques et au collationnement des mots de dictionnaires qui sont les résumés définitifs à l’ensemble d’écrivains. L’effort subtil déployé par ‘Pierre Larousse’ dans ce domaine joua un rôle magistral dans la normalisation de la langue française et son enseignabilité, voir son acceptation outre mer en tant que langue intermédiaire. Les exemples pour les besoins d’illustration ne sont pas rarissimes, toutefois, nous nous contentons de citer un exemple commun à plusieurs langues dont le tamazight, puisque c’est son aménagement qui nous intéresse ici. Les homonymes transcrits phonétiquement embrouillent le lecteur le plus initié au vocabulaire, des mots comme :

Ver, vers, vert, verre Sot, sceau, saut, seau

Ces mots n’ont de sens que lorsqu’ils sont transcrits, écrits orthographiquement.

En tamazight, les homonymes transcrits phonétiquement posent la même problématique au niveau de leur disposition dans l’ordre alphabétique d’un lexique, d’un dictionnaire des mots comme :

Tura maintenant ete ârû Elle a écrit Immi Puisque Imée bouche Ierré bord Irée conscience

Au – delà du sens de chacun des mots cités et transcrits orthographiquement, s’ensuit la normalisation en matière de terminologie de l’intégration des néologismes, l’enrichissement du vocabulaire et l’élaboration des lexiques, dans l’intérêt de l’enseignement, de la communication, de la science et d’autres domaines jugés essentiels pour la vulgarisation de la langue et le développement culturel global.

L’ANTHROPOLOGIE AU SECOURS DES PHONETISTES.

De tous les sujets soumis aux débats lors des forums et colloques nationaux et internationaux, celui de standardisation, d’uniformisation, d’unification, reste le plus éludé et le moins abordé malgré son importance et la primauté que suscite l’acheminement naturel d’une langue en vue de sa normativité. En effet, les conférenciers nationaux et étrangers dont la composante est généralement dominée par les sociolinguistes, ne ménagent aucun effort pour nous faire admettre, sans arguments valables que la langue tamazight ne peut se transcrire que phonétiquement. Dans cette dérive académique, on peut noter la méconnaissance des spécificités de la langue tamazight dans ses variétés dialectales, accentuelles, du support des différences phonologiques dûes au contact des langues dominantes et rivales, mais dont l’unité reste inaltérable au niveau de la structure grammaticale et syntaxique. Cette incompréhension dont les phonétistes refusent d’admettre leur incompétence, l’attribuent ridiculement à deux facteurs préfabriqués et vouent toute tentative de planification à un échec assuré, il s’agit, selon eux de :

1) L’appartenance de tamazight au groupe de langues sémitiques.

2) Les disparités phonologiques et lexicales.

Affirmations que les orthographistes qualifient de fallacieuses et aberrantes, car ne reposant sur aucune étude académique, mais plutôt sur des suppositions anthropologiques et des cas comparatifs et empiriques de certaines langues en milieu multilingue rejettant cette négativité simpliste avec force de persuasion. La sémantique de tamazight prétendue par les anthropologues colonialistes et nationaux dont la science reste du domaine de la théorie et réaffirmée par les politiques pour les besoins de l’unicité linguistique, comme dans tous les états – nations, est magistralement désapprouvée par une génération de grammairiens, d’orthographistes qui eux plaident avec force d’arguments pour l’appartenance de tamazight au groupe des langues germaniques et pour causes disaient :

1) Ressemblance avérée des structures grammaticales.

2) Classification des verbes amazighs en trois groupes : Verbes du premier groupe, Verbes du deuxième groupe, Verbes du troisième groupe

Aruett (écrire) Esseghlefett Efkeett Edtt aru Essegjlêf Edttack Ualiett Esseqsieett Ecnëett Edtt uali Esseqsîé Cennu

Les verbes du premier groupe empruntent la préposition ‘’Edtt’’ en les conjuguant aux temps indicatifs.

Les verbes du deuxième groupe empruntent ‘Ess ou Esse ou Essee’ en début.

Les verbes du troisième groupe ont, quant à eux, ‘’deux orthographes’’.

3) Composition du pluriel à partir du singulier. (Le pluriel est égal au singulier + ‘’EN’’)

A xam I xamen Maison (s) Izemmee I izemmêeen Lion (s) A zeremm I zeremmen Serpent (s)

Outre la règle générale qui stipulerait que le pluriel amazigh est égal au singulier + ‘EN’, des règles pour l’obtention de pluriels réguliers à partir du singulier orthographiquement écrits sont aussi introduites dans l’ouvrage ‘’l’orthographe grammaticale de ta maziptt’’ dont nous découvrons le nom à travers la presse écrite. Bahbouh Lehsene nous renseigne sur ces pluriels réguliers :

A zsepru I zseprû Pierre (s) A mecéc I mecêc Chat (s) A qejën I qejên Chien (s)

Les substantifs à pluriels irréguliers sont aussi appréciablement inventoriés :

T allêee Ti älléeeê Fontaine (s) T amaredtt Ti ämärê Barbe (s) Ta medtêe Ti medtëê Lac (s)

C’est en lecteurs profanes que nous abordâmes l’ouvrage cité ci-haut et nous nous aperçûmes que ces pluriels irréguliers ont absolument la même orthographe que le singulier au pluriel.

4) L’infinitif du verbe amazigh dans la marque est ‘’ett’’ en suffixe :

Aruett Ecrire Ualiett Voir Esleett Entendre Ecnëett Conter

Ne saura être confondue avec la marque du féminin singulier à terminaison consonne :

Ta qecictt Une fille Ta funastt Une vache Ta meddiytt Un soir Ta nezzaytt Un matin

La marque de l’infinitif ‘’ett’’ ne saura non plus être confondue en pronom personnel (sujet de verbes) :

Ett ualî em Vous avez vu Ete Ualî Elle a vu. (ualiett) (voir) (ualiett) (voir)

5) La composition de diagrammes pour les sons non-représentés par d’uniques graphèmes dans la graphie latine pour remédier à la notation des consonnes diacritisés, nous lisons ceci :

DT CK GJ PR SZ WT ZS DJ DTT DTTT (wt) JZ TC TTT

6) La synérèse pour former le son (i) (( IE )) ((( POUR )))

7) Le préfixe et le suffixe

8) La liaison qui suit la conjonction de coordination

9) L’article singulier masculin (A), pluriel masculin (I)

10) L’article singulier féminin (TA), pluriel féminin (TI)

11) Le pronom défini et le pronom indéfini.

Les exemples ci-dessus incitent à une réflexion approfondie quant à la spécificité de la langue amazigh et plaident pour une pédagogie académique dont ni la sociolinguistique, ni l’anthropologie ne peuvent soutenir l’appartenance de la langue tamazight au groupe de langues sémantiques.

HADDOUR Ahcè


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