Réseau AMAZIGH

Interview avec Ahmed Arrehmouch

jeudi 23 février 2006 par reseauamazigh

Mr. Ahmed Arrehmouch, président de l’association Réseau Amazighe pour la Citoyenneté, ex-vice-président de l’AMDH et membre du bureau exécutif de l’Espace Associatif, nous livre sa lecture du retrait de 7 membres du conseil d’administration de l’Institut Royal de la Culture Amazighe. Il expose également, dans cet entretien, les revendications du mouvement amazighe et exprime son rejet de l’idée que défendent d’autres amazighophones, celle de la création d’un parti politique amazighe.

Quelle analyse faites-vous du retrait des sept membres de l’IRCAM ?

La décision du retrait de sept membres du conseil d’administration de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) reste équivoque vu la manière dont elle a été exécutée. Elle n’illustre pas la responsabilité politique, pourtant elle est simple quant on se rend compte de son fondement.

Les auteurs de cette décision auraient dû signifier leur démission au Roi qui les a nommés par dahir au lieu de l’adresser au rectorat de l’IRCAM. Ils auraient aussi dû qualifier leur décision de démission et non de retrait. Car le retrait n’a pas de signification politique ou juridique contrairement à la démission. L’adoption du concept de « retrait » signifie tout simplement qu’ils restent à la disposition de qui de droit pour reprendre paisiblement leurs postes.

La lecture de la lettre du retrait qui critique le rendement du gouvernement montre qu’elle a visé à porter atteinte aux conventions liant le gouvernement et l’Institut Royal de la Culture Amazighe dans le secteur de l’enseignement et des média. Nous sommes d’accord sur l’existence de politiques gouvernementales hostiles aux revendications du mouvement associatif amazighe. Mais il ne faut pas oublier non plus qu’une grande partie des associations amazighes démocratiques autonomes a refusé publiquement les conventions établies entre les départements gouvernementaux et l’IRCAM concernant l’intégration du dialecte amazighe dans l’enseignement et dans le secteur médiatique.

La lettre a évité de mentionner l’origine des entraves en question et s’est contentée de citer les conséquences de ces entraves. Les origines de ces obstacles résident dans le fait que l’IRCAM, vu la nature de sa création et le mode de son travail, ne peut pas faire plus que ce qu’il a réalisé jusqu’à présent. Le fond du problème est lié essentiellement au dahir relatif à la création et à l’organisation de l’IRCAM qui a limité ses attributions et rétréci ses pouvoirs d’action tout en touchant à son autonomie au niveaux administratif et financier. Il est considéré comme une simple institution consultative qui n’a pas de pouvoir politique lui permettant d’adopter un programme d’action. Il ne dispose pas d’outils d’ordre politique parallèles à ceux du gouvernement. A mon avis la question de l’institutionnalisation de l’amazighité est toujours posée et la lettre de retrait le réaffirme.

Selon vous, qu’attendent les amazighes de l’IRCAM ?

Le mouvement amazighe et en particulier les associations amazighes indépendantes, comme tous les mouvements revendicatifs avait déjà signifié son rejet de la conception du dahir qui a permis la création de l’IRCAM. Nous avons considéré l’Institut comme un simple organisme de façade, un bébé né handicapé. C’est ce qui a été effectivement confirmé durant les trois dernières années d’exercice de l’Institut. En plus il s’est avéré que l’équipe politique dirigeant l’institut manque, dans sa majorité, de l’expérience professionnelle requise pour la gestion des affaires amazighes. C’est le cas en ce qui concerne la gestion de la coopération et le partenariat avec les associations amazighes. C’est ce qui a conduit plusieurs associations amazighes à publier des communiqués refusant d’engager des partenariats avec l’IRCAM estimant que l’institutionnalisation de la question amazighe doit se faire de manière rationnelle par le biais d’une institution autonome de manière transparente permettant de rendre des comptes.

C’est pourquoi l’Institut n’a pas été considéré, jusqu’à présent, comme un interlocuteur du mouvement associatif amazighe. Et ce, malgré le fait qu’il ait pris de grandes décisions qui peuvent avoir de graves conséquences sur l’avenir de la langue amazighe. Chose qui a été dénoncée par les associations concernées qui ont été appelées à se rendre compte de la gravité des décisions prises pouvant aboutir à la création d’entités linguistiques amazighes déchirées.

Que demande alors le mouvement amazigh ?

Le slogan de l’étape actuelle pour le mouvement associatif amazighe et pour les acteurs amazighs indépendants est axé essentiellement sur la question constitutionnelle. Notre choix est de militer pour l’officialisation de la langue amazighe comme langue reconnue par la constitution en guise d’une première étape annonçant la bonne foi de l’Etat. Il exprimerait ainsi sa volonté politique de mettre fin à la marginalisation qui touche l’amazighité.

Il y a d’autres objectifs notamment celui de faire pression sur le gouvernement pour qu’il accorde à l’amazighité la place qu’elle mérite dans le secteur audiovisuel en tant que langue au même titre que la langue arabe et créer une chaîne autonome diffusée par satellite. Aussi, créer une instance indépendante qui s’occuperait de l’amazighité et de sa réhabilitation culturelle, civilisationnelle, linguistique et politique pour quelle soit effectivement un bien du peuple marocain afin de concrétiser le slogan : « l’amazighité est une responsabilité nationale ».

Le Réseau Amazigh pour la Citoyenneté a été la première entité à avoir exprimé, dans le cadre de ses activités, son refus de la nature politique par laquelle est géré le dossier amazigh en rejetant toute forme de manipulation. Il est également la seule entité à avoir lié son action pour l’amazighité au militantisme pour la démocratie économique, sociale, et culturelle. C’était le cas lorsqu’il a lancé le slogan : « Pas de démocratie sans l’amazighité et pas d’amazighité sans démocratie ». Le Réseau Amazigh considère aussi qu’il n’y a pas de démocratie sans laïcité de l’Etat et de la société, de même qu’il n’y a pas de démocratie sans l’instauration d’un système qui adopte la régionalisation qui accorderait à toutes les régions une gestion autonome de leurs affaires.

Dans leurs actions, les amazighes ont des positions divergentes. Qu’est-ce que vous pensez du fait que les uns préfèrent militer dans le cadre de la société civile alors que d’autres appellent carrément à la création d’un parti politique ou d’une association politique ?

Personnellement je considère que l’amazighité est un combat politique et non pas nécessairement partisan. Si certains partis politiques expriment parfois des réserves et leur rejet des revendications du mouvement associatif amazigh, ou même traite avec ce mouvement avec improvisation et manque de clarté, cela ne veut pas dire que le mouvement amazigh tend vers une transformation en un parti politique amazigh.

En tout cas, personnellement je ne suis pas pour ce choix qui, d’ailleurs, n’est pas à l’ordre du jour dans l’agenda de l’action amazighe, notamment du mouvement associatif. Notre militantisme vise à éradiquer toutes les idéologies ethniques et religieuses et à écarter l’ethnie, le sexe et la religion en tant que fondement de la création d’organisations politiques. Donc, pour être en harmonie avec nous-mêmes nous n’envisageons qu’un seul choix :

Le choix démocratique qui vise l’édification de l’Etat moderne.

Quant aux associations de nature politique, je crois que toutes les associations amazighes sont de cette nature, y compris le Réseau Amazigh pour la Citoyenneté. Parce que notre militantisme vise à faire pression sur la politique en général et aussi du fait qu’il peut utiliser les outils d’ordre politique à cette fin.


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