Réseau AMAZIGH

Allocution du bureau exécutif pour le Congrès National du 15 au 17 juillet 2005, à Rabat.

mercredi 22 février 2006 par reseauamazigh

Chères amies, chers amis Honorable assistance,

Salutations culturelles et militantes,

Au nom du bureau exécutif du Réseau Amazigh pour la citoyenneté d’Azetta, nous souhaitons la bienvenue à tous et à toutes, représentants d’associations et d’ONGs amazighs, féminines, des droits humains, des syndicats, des partis politiques, de la presse, des représentations diplomatiques et des organisations internationales.

Nous saluons également l’ensemble des congressistes et observateurs, délégués de la presse nationale et d’ONGs qui vont suivre et couvrir les travaux de notre congrès.

Depuis la création d’Azetta, en juillet 2002, ses membres n’ont cessé d’oeuvrer pour propulser une nouvelle énergie à la revendication amazigh, tout en inscrivant irrévocablement la lutte pour les droits linguistiques et culturels dans le cadre de la lutte du mouvement démocratique marocain, ceci afin de mettre en œuvre un projet de société démocratique et progressiste.

Ainsi, le plan d’action réalisé par Azetta, lors de ces trois dernières années, s’est attelé à défendre notre principale cause, celle de la concrétisation de l’amazighité du Maroc, à travers une multitude de revendications dont la plus en vue reste la constitutionnalisation de la langue amazigh et son intégration effective dans touts les aspects de la vie publique et privée.

Parallèlement, et malgré l’embargo administratif que nous continuons de subir sur le plan national et local, nous avons pu mener notre action dans un cadre respectueux des priorités du mouvement démocratique. Ainsi, Azetta a réalisé des activités touchant des thématiques assez importantes comme la situation de la femme, la laïcité, l’expulsion agressive des populations des terres collectives, et globalement les questions se rattachant au renforcement de la citoyenneté active et la protection des droits humains.

Malgré le fait que les autorités administratives n’aient pas accordé à Azetta ces droits les plus légitimes par la remise du récépissé légal au bureau exécutif et aux différentes sections du Maroc, Azetta n’a pas cessé d’œuvrer pour préserver son identité, à savoir une Organisation Amazigh Laïque et Indépendante. Cette optique est de plus en plus renforcée dans la mesure où notre combat au quotidien, mené à coté des forces vives de notre société, s’inscrit dans le cadre du combat pour la réalisation d’un état de droit qui reconnaît officiellement la diversité culturelle et linguistique, l’égalité dans les droits pour les langues, un état de droit en parfaite réconciliation avec son histoire plusieurs fois millénaire et avec sa dimension africaine et méditerranéenne.

De ces faits, nous avons considéré ;

Premièrement : Que la porte d’entrée pour atteindre cet état soit celle d’une constitution démocratique reconnaissant les droits de l’homme et des peuples, les libertés, l’officialisation de la langue Amazigh, et rejetant toute spécificité ethnique et religieuse de l’état.

Deuxièmement : Que l’institutionnalisation de Tamazight ne peut se faire, stratégiquement, en dehors d’institutions officielles et indépendantes, de l’état et des partis politiques, qui soient capables de surpasser les obstacles intellectuels (étatique et partisans) qui bloquent l’épanouissement de la diversité au sein de notre société.

Partant de là, Azetta a été l’une des premières ONGs marocaines à considérer que le dahir de création de l’Institut Royal pour la Culture Amazigh (IRCAM) ne réponde aucunement à cette institutionnalisation tant attendue. Ce qui nous a amené à garder une grande distance vis à vis de cet institut d’autant plus qu’il s’est avéré que sa méthodologie et ses moyens de mise en œuvre ont un caractère très restrictif. Ceci apparaît par exemple dans le cas de l’enseignement de Tamazight, qui officialise la dialéctalisation de la langue Tamazight et qui empêche un enseignement obligatoire à tous les marocains. En plus, rien n’a été fait pour l’intégration de Tamazight dans les médias publics, les administrations du pays et dans le système judiciaire.

Azetta s’est également inscrit dans une dynamique progressive pour revendiquer le principe fondamental de la laïcité qui permettrait toute désacralisation de l’espace public.

La redynamisation du mouvement amazigh était aussi parmi nos préoccupations, d’autant plus que l’initiative officielle a fortement contribué à l’affaiblissement et à l’émiettement des acteurs associatifs amazighs. Pour cette raison Azetta a contribué, avec d’autres ONGs, à l’émergence de nouvelles coalitions associatives et de pôles indépendants, de revendication amazighe. Dans ce cadre, a vu le jour le Collectif national « Amyaway Amazigh ». Cette initiative, qui a obtenu la participation et le soutien du mouvement amazigh à l’étranger, est née à partir des recommandations du séminaire international Euro-Tamazgha organisé en partenariat entre Azetta et le mouvement amazigh aux Pays Bas.

Dans un même élan de renforcement des capacités de réseautage amazigh, Azetta a organisé une deuxième rencontre internationale en partenariat avec l’Association des Marocains pour les Droits de l’Homme aux Pays Bas. Cette rencontre thématique a porté sur l’immigration, la citoyenneté et les droits de l’homme. Les recommandations issues de ces deux séminaires ont fortement contribué à la revalorisation des échanges inter associatifs amazigh, sous forme de comités de suivi, de publications ou de contacts.

Le choix de la thématique de notre congrès ayant pour devise « Unité de l’action pour l’officialisation de la langue Amazigh dans une constitution démocratique, et le droit à akal (terre), amane (eau), awal (langue) », porte à notre sens plusieurs significations.

La constitutionnalisation de tamazight signifie de garantir à notre culture et à notre langue une assise juridique et légale pour son plein épanouissement et son intégration profonde dans le tissu institutionnel et sociétal.

Le droit à la terre , signifie notre attachement à notre identité multi millénaire et à notre patrimoine socio culturel.

Le droit à l’eau , signifie notre souci de préserver toutes les ressources naturelles sans lesquelles on ne peut prévoir quelque développement humain.

Quant à la langue , elle est le socle de notre identité et de notre existence à travers notre passé et notre future.

Aujourd’hui, la présence parmi nous de 120 congressistes dont plus de 20% de femmes et jeunes filles représentants les différentes régions et catégories professionnelles de notre pays, est pour notre organisation, une preuve de crédibilité et un signal fort de réussite de notre structure organisationnelle. Ceci implique pour nous des défis d’ancrage institutionnel pour pouvoir adapter nos plans d’action aux besoins réels du terrain.

Encore une fois, et au nom de tous les membres de la commission nationale du Réseau Amazigh pour la Citoyenneté d’Azetta, nous vous remercions pour votre présence et vous souhaitons la bienvenue.


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